Форум кафедры иностранных языков и перевода УрФУ

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#1 2019-02-06 09:01:16

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Перевод с французского. Проза.

7 h 03

Dans le silence de la nuit, elle avait fixé le réveil, heure après heure, laissant les chiffres formés de pointillés digitaux d’un rouge franc emplir son esprit, s’accrochant désespérément à eux comme à des amis qui pourraient entendre sa supplique et interrompre pour elle leur marche obtuse.

Que le temps s’immobilise, que le chiffre 7 n’apparaisse jamais, que cette nuit ensevelisse l’avenir, priait-elle les poings serrés.

Mais les chiffres n’étaient pas des amis, ils n’étaient pas des ennemis non plus, ils avançaient dans l’obscurité à leur cadence tranquille, laissant les honnêtes gens dormir, ils n’avaient pas de compassion pour les insomniaques et ceux que l’angoisse, la culpabilité emplissaient de terreur au creux des lits, raides, transpirant entre les draps.

Au premier son flûté du réveil, son mari repoussa la couette, il s’assit sur le bord du lit quelques instants, comme s’il lui fallait ces secondes pour sortir de la gangue d’un sommeil profond qu’il avait absorbé tout entier. Elle savait que son premier geste serait de se rendre dans la salle de bain, de se jeter sous le jet de la douche. Pendant ce temps, elle se lèverait à son tour, enfilerait un vieux sweat à capuche sur sa chemise de nuit et irait préparer le petit déjeuner.

Les geste rituels de chaque jour, les habitudes bien installées, une vie qui a une couleur unique, composée d’indicibles nuances, et dont on n’imagine pas qu’elle puisse en changer.

Sauf aujourd’hui.

Cette journée-là, elle aurait donné n’importe quoi pour ne pas avoir à la vivre.

Elle ouvrit la lumière dans la cuisine familière, se glissa presque sans effort dans son rôle comme une actrice qui connait par coeur la mise en scène : verser le café dans le filtre, l’eau dans le réservoir, mettre la machine en route, disposer sur la table sets, mugs, petites cuillères, confitures, miel, céréales, pain, biscottes, lait, yaourts, jus d’orange, serviettes en papier. Elle aimait mettre la table du petit déjeuner, elle aimait qu’il y ait de la nourriture en abondance, même si finalement tous les trois mangeaient et buvaient immuablement la même chose. Elle se concentra sur ses préparatifs, soulagée que cette minuscule occupation accaparât son attention.

Hé, c’est quoi, cette petite mine ? lui lança l’homme avec lequel elle vivait et qui lui souriait déjà en déboulant dans la cuisine – car cet homme souriait souvent, il avait un beau sourire, des dents bient plantées et bien blanches.

- Pas beaucoup dormi, dit-elle en étouffant un bâillement de la main, et en cachant ainsi l’expression d’angoisse qui avait envahi ses traits malgré elle.

D’après Christine Desrousseaux, Mer agitée

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