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#1 2012-01-13 16:41:51

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Administrator

Перевод с франц. Худ. проза

Le départ pour le Golfe

des spahis de Valence


Les débuts de 1991 furent marqués par les préparatifs de la guerre du Golfe et les progrиs de ma totale irresponsabilité. La neige recouvrit tout, bloquant les trains, étouffant les sons. Dans le Golfe heureusement la température avait baissé, les soldats cuisaient moins que l’été où ils s’arrosaient d’eau, torse nu, sans enlever leurs lunettes de soleil. Oh! ces beaux soldats de l’été,
dont presque aucun ne mourut! Ils vidaient sur leur tête des bouteilles entiиres dont l’eau s’évaporait sans atteindre le sol, ruisselant sur leur peau et s’évaporant aussitôt, formant autour de leur corps athlétique une mandorle de vapeur parcourue d’arcsen-ciel. Seize litres! devaient-ils boire chaque jour, les soldats de l’été, seize litres! tellement ils transpiraient sous leur équipement dans cet endroit du monde où l’ombre n’existe pas. Seize litres! La télévision colportait des chiffres et les chiffres se fixaient comme se fixent toujours les chiffres: précisément. La rumeur colportait des chiffres que l’on se répétait avant l’assaut. Car il allait être donné, cet assaut contre la quatriиme armée du monde, l’Invincible Armée Occidentale allait s’ébranler, bientôt, et en face les Irakiens s’enterraient derriиre des barbelés enroulés serré, derriиre des mines sauteuses et des clous rouillés, derriиre des tranchées pleines de pétrole qu’ils enflammeraient au dernier moment, car ils en avaient, du pétrole, а ne plus savoir qu’en faire, eux. La télévision donnait des détails, toujours précis, on fouillait les archives au hasard. La télévision sortait des images d’avant, des images neutres qui n’apprenaient rien; on ne savait rien de l’armée irakienne, rien de sa force ni de ses positions, on savait juste qu’elle était la quatriиme armée du monde, on le savait parce qu’on le répétait. Les chiffres s’impriment car ils sont clairs, on s’en souvient donc on les croit. Et cela durait, cela durait. On ne voyait plus la fin de tous ces préparatifs.

Au début de 1991 je travaillais а peine. J’allais au travail lorsque j’étais а bout d’idées pour justifier mon absence. Je fréquentais des médecins qui signaient sans même m’écouter de stupéfiants arrêts maladie, et je m’appliquais encore а les prolonger par un lent travail de faussaire. Le soir sous la lampe je redessinais les chiffres en écoutant des disques, au casque, mon univers réduit au cercle de la lampe, réduit а l’espace entre mes deux oreilles, réduit а la pointe de mon stylo bleu qui lentement m’accordait du temps libre. Je répétais au brouillon, puis d’un geste trиs sûr je transformais les signes tracés par les médecins. Cela doublait, triplait le nombre de jours où je pourrais rester au chaud, rester loin du travail. Je n’ai jamais su si cela suffisait de modifier les signes pour changer la réalité, de repasser des chiffres au stylo-bille pour échapper а tout, je ne me demandais jamais si cela pouvait être consigné ailleurs que sur l’ordonnance, mais peu importe; le travail où j’allais était si mal organisé que parfois quand je n’y allais pas on ne s’en apercevait pas. Quand le lendemain je revenais, on ne me remarquait pas plus que lorsque je n’étais pas lа; comme si l’absence n’était rien. Je manquais, et mon manque n’était pas vu. Alors je restais au lit.

Un lundi du début de 1991 j’appris а la radio que Lyon était bloquée par la neige. Les chutes de la nuit avaient coupé les cвbles, les trains restaient en gare, et ceux qui avaient été surpris dehors se couvraient d’édredons blancs. Les gens а l’intérieur essayaient de ne pas paniquer.

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#2 2012-01-27 19:20:11

Rina_moi
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Re: Перевод с франц. Худ. проза

Здесь опечатка "les progrиs"

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#3 2012-01-27 19:44:49

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Administrator

Re: Перевод с франц. Худ. проза

Да, спасибо. Текст пришлось сканировать и распознавать.

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#4 2012-02-01 15:16:34

administrator
Administrator

Re: Перевод с франц. Худ. проза

Выкладываю текст еще раз:

Le départ pour le Golfe

des spahis de Valence



Les débuts de 1991 furent marqués par les préparatifs de la guerre du Golfe et les progrès de ma totale irresponsabilité. La neige recouvrit tout, bloquant les trains, étouffant les sons. Dans le Golfe heureusement la température avait baissé, les soldats cuisaient moins que l’été où ils s’arrosaient d’eau, torse nu, sans enlever leurs lunettes de soleil. Oh! ces beaux soldats de l’été,
dont presque aucun ne mourut! Ils vidaient sur leur tête des bouteilles entières dont l’eau s’évaporait sans atteindre le sol, ruisselant sur leur peau et s’évaporant aussitôt, formant autour de leur corps athlétique une mandorle de vapeur parcourue d’arcs-en-ciel. Seize litres! devaient-ils boire chaque jour, les soldats de l’été, seize litres! tellement ils transpiraient sous leur équipement dans cet endroit du monde où l’ombre n’existe pas. Seize litres! La télévision colportait des chiffres et les chiffres se fixaient comme se fixent toujours les chiffres: précisément. La rumeur colportait des chiffres que l’on se répétait avant l’assaut. Car il allait être donné, cet assaut contre la quatrième armée du monde, l’Invincible Armée Occidentale allait s’ébranler, bientôt, et en face les Irakiens s’enterraient derrière des barbelés enroulés serré, derrière des mines sauteuses et des clous rouillés, derrière des tranchées pleines de pétrole qu’ils enflammeraient au dernier moment, car ils en avaient, du pétrole, а ne plus savoir qu’en faire, eux. La télévision donnait des détails, toujours précis, on fouillait les archives au hasard. La télévision sortait des images d’avant, des images neutres qui n’apprenaient rien; on ne savait rien de l’armée irakienne, rien de sa force ni de ses positions, on savait juste qu’elle était la quatrième armée du monde, on le savait parce qu’on le répétait. Les chiffres s’impriment car ils sont clairs, on s’en souvient donc on les croit. Et cela durait, cela durait. On ne voyait plus la fin de tous ces préparatifs.

Au début de 1991 je travaillais а peine. J’allais au travail lorsque j’étais а bout d’idées pour justifier mon absence. Je fréquentais des médecins qui signaient sans même m’écouter de stupéfiants arrêts maladie, et je m’appliquais encore а les prolonger par un lent travail de faussaire. Le soir sous la lampe je redessinais les chiffres en écoutant des disques, au casque, mon univers réduit au cercle de la lampe, réduit а l’espace entre mes deux oreilles, réduit а la pointe de mon stylo bleu qui lentement m’accordait du temps libre. Je répétais au brouillon, puis d’un geste très sûr je transformais les signes tracés par les médecins. Cela doublait, triplait le nombre de jours où je pourrais rester au chaud, rester loin du travail. Je n’ai jamais su si cela suffisait de modifier les signes pour changer la réalité, de repasser des chiffres au stylo-bille pour échapper а tout, je ne me demandais jamais si cela pouvait être consigné ailleurs que sur l’ordonnance, mais peu importe; le travail où j’allais était si mal organisé que parfois quand je n’y allais pas on ne s’en apercevait pas. Quand le lendemain je revenais, on ne me remarquait pas plus que lorsque je n’étais pas lа; comme si l’absence n’était rien. Je manquais, et mon manque n’était pas vu. Alors je restais au lit.

Un lundi du début de 1991 j’appris а la radio que Lyon était bloquée par la neige. Les chutes de la nuit avaient coupé les câbles, les trains restaient en gare, et ceux qui avaient été surpris dehors se couvraient d’édredons blancs. Les gens а l’intérieur essayaient de ne pas paniquer.

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